Conjuguer je m’y prends, tu t’y prends, il s’y prend ne pose pas de difficulté en soi – le verbe prendre suit son modèle habituel. La vraie complexité, c’est de comprendre ce que font les deux petits mots collés au verbe, et pourquoi cette locution ne se conjugue pas exactement comme « prendre » tout seul.
La conjugaison de s’y prendre au présent et aux temps courants
Au présent de l’indicatif, les formes sont les suivantes : je m’y prends, tu t’y prends, il/elle s’y prend, nous nous y prenons, vous vous y prenez, ils/elles s’y prennent. La terminaison de « prendre » ne change pas : -ds, -ds, -d, -ons, -ez, -nent.
Un point d’orthographe à retenir : on écrit « il s’y prend » sans -s final à la troisième personne du singulier, comme pour tout verbe en -dre. « Il prend », « il s’y prend » – pas de -s. L’erreur « il s’y prends » est courante à l’écrit, mais toujours fausse.
Aux autres temps de l’indicatif, le verbe suit la même conjugaison que « prendre » classique, avec le pronom réfléchi et « y » qui s’intercalent :
- Imparfait : je m’y prenais, tu t’y prenais, il/elle s’y prenait, nous nous y prenions, vous vous y preniez, ils/elles s’y prenaient.
- Futur simple : je m’y prendrai, tu t’y prendras, il/elle s’y prendra, nous nous y prendrons, vous vous y prendrez, ils/elles s’y prendront.
- Conditionnel présent : je m’y prendrais, tu t’y prendrais, il/elle s’y prendrait, nous nous y prendrions, vous vous y prendriez, ils/elles s’y prendraient.
Au passé composé, l’auxiliaire est « être » (comme pour tous les verbes pronominaux) : je me suis pris(e), tu t’es pris(e), il s’est pris, elle s’est prise, nous nous sommes pris(es), vous vous êtes pris(es), ils se sont pris, elles se sont prises. L’accord du participe passé « pris » suit les règles du pronominal : il s’accorde en genre et en nombre avec le sujet.
Subjonctif, impératif et passé simple de s’y prendre
Au subjonctif présent, les formes dévient légèrement du radical habituel : que je m’y prenne, que tu t’y prennes, qu’il/elle s’y prenne, que nous nous y prenions, que vous vous y preniez, qu’ils/elles s’y prennent. Les trois premières et la dernière personne portent un double -n- (« prenne », « prennent ») – c’est le signe distinctif du subjonctif pour ce verbe.
L’impératif de « s’y prendre » est peu employé dans les situations formelles, mais il existe : prends-y-toi (2e personne du singulier), prenons-nous-y (1re personne du pluriel), prenez-vous-y (2e personne du pluriel). Ces formes sonnent lourdes à l’oral, ce qui explique qu’on les évite souvent au profit d’une formulation différente.
Le passé simple reste un temps de l’écrit littéraire : je m’y pris, tu t’y pris, il/elle s’y prit, nous nous y prîmes, vous vous y prîtes, ils/elles s’y prirent. L’accent circonflexe sur « prîmes » et « prîtes » est obligatoire.

Le y de s’y prendre n’est pas un pronom de lieu
C’est le point qui déconcerte le plus les apprenants. On leur a appris que « y » remplace un complément de lieu : « Je vais à Paris » devient « J’y vais ». Logique. Mais dans « s’y prendre », le raisonnement s’arrête là.
Dans « s’y prendre », le y n’a pas de référent spatial. On ne peut pas demander « s’y prendre où ? » ni remplacer « y » par un nom de lieu. La locution fonctionne comme un bloc : « s’y prendre » signifie agir, procéder, s’organiser pour accomplir quelque chose. Le « y » appartient à la locution, il n’existe pas de façon indépendante dans cette construction.
Pour le vérifier, comparez ces deux phrases : « Elle y va tous les jours » (y = à cet endroit, remplaçable par « là-bas ») et « Elle s’y prend toujours à la dernière minute » (y = rien de remplaçable, le sens est entier dans la locution). Dans le premier cas, « y » est analysable. Dans le second, il ne l’est pas.
Ce n’est pas un cas isolé. D’autres expressions françaises contiennent un « y » figé dont l’analyse séparée ne donne rien : « il y a », « s’en aller », ou encore « y compris ». Chaque locution s’apprend comme un tout, pas comme une addition de pièces détachées.
S’y prendre bien, mal, à l’avance : les constructions utiles à connaître
La locution « s’y prendre » se complète souvent par un adverbe ou une expression de manière. Ces constructions sont les plus fréquentes à l’oral et à l’écrit :
- « S’y prendre bien » ou « s’y prendre mal » : évaluer la méthode utilisée. « Il s’y est mal pris dès le départ. »
- « S’y prendre à l’avance » : agir avec suffisamment d’anticipation. « Pour les réservations en haute saison, mieux vaut s’y prendre à l’avance. »
- « S’y prendre à deux fois » (ou à plusieurs reprises) : indiquer qu’on a dû recommencer. « Elle a dû s’y prendre à deux fois avant de réussir. »
Ces tours montrent que la locution porte sur la façon de procéder, pas sur un déplacement ou une localisation. On parle d’une méthode, d’une organisation, d’un timing – jamais d’un endroit.
Prendre, s’y prendre, s’en prendre : trois verbes, trois sens distincts
« Prendre » seul est un verbe transitif direct : on prend quelque chose, on le saisit. « Je prends mon manteau. »
« S’y prendre » est une locution pronominale qui décrit une façon d’agir ou de procéder. « S’y prendre » ne peut pas s’employer sans le y : on ne dit pas « je me prends bien » avec ce sens. Le « y » est constitutif du sens.
« S’en prendre à » est une troisième construction, avec « en » cette fois, qui signifie attaquer, blâmer ou rendre responsable : « Il s’en prend toujours aux autres. » Ici, « en » introduit un complément de cause ou de cible. Là encore, « en » appartient à la locution et ne peut pas s’analyser comme un simple pronom de quantité.
La confusion entre ces trois constructions vient souvent du fait qu’on les voit rangées ensemble dans les dictionnaires, sous l’entrée « prendre ». Elles partagent un radical, pas un sens ni une structure.
Tableau récapitulatif de la conjugaison de s’y prendre
| Temps | Je | Il/Elle | Ils/Elles |
|---|---|---|---|
| Présent | je m’y prends | il s’y prend | ils s’y prennent |
| Imparfait | je m’y prenais | il s’y prenait | ils s’y prenaient |
| Futur simple | je m’y prendrai | il s’y prendra | ils s’y prendront |
| Passé composé | je me suis pris(e) | il s’est pris | ils se sont pris |
| Conditionnel | je m’y prendrais | il s’y prendrait | ils s’y prendraient |
| Subjonctif présent | que je m’y prenne | qu’il s’y prenne | qu’ils s’y prennent |
| Passé simple | je m’y pris | il s’y prit | ils s’y prirent |
La conjugaison de « s’y prendre » ne réserve pas de surprise une fois qu’on a intégré deux réflexes : le verbe « prendre » suit toujours son modèle irrégulier habituel, et le « y » reste à sa place, entre le pronom réfléchi et le verbe, quels que soient le temps et la personne. Le reste suit.